Les habitants de Chardonne étaient pour la plupart vignerons ou paysans, et leur vies étaient souvent guidées par les grandes étapes et traditions de ces métiers.

Le travail était dur pour un maigre revenu. Durant les mois qui vont suivre la récolte, les travaux pénibles continus : fossoyer la terre, la transporter d’un endroit à l’autre de la vigne au moyen d’hottes en osier, tailler, réaménager les terrains, etc. Seuls moments de détente où l’on pouvait redresser son dos douloureux : les repas. La maîtresse de maison se faisait un devoir de régaler son monde.

Lorsque des catastrophes naturelles survenaient tels la grêle et le gel, les petits propriétaires souvent endettés, se trouvaient dans une situation catastrophique. Il n’était pas rare qu’ils doivent s’approvisionner à crédit durant toute une année chez le boulanger ou l’épicier du village. Mais chacun vivait modestement. Les légumes du jardin et les fruits du verger permettaient de nourrir sainement toute la famille.

Quant au chauffage, chacun faisait son bois. Deux pièces seulement étaient chauffées : la cuisine (le potager faisait double emploi ) et la pièce de séjour. Pas question de chauffer les chambres à coucher et pratiquement personne n’avait une salle de bain.

Henri Charles Ducret, arrière grand-père et vigneron

L’arrière grand-père de ma maman était vigneron de la commune de Chardonne, il bichonnait ses vignes ! Il mettait un point d’honneur à les rendre impeccables pour les visites des experts de la confrérie des Vignerons. Il était toujours bien noté, son salaire était des plus modestes, compte tenu de tant d’heures de dur labeur, mais il s’en contentait. 

Chaque dimanche matin, il venait me chercher et main dans la main nous allions nous promener dans son vignoble faisant toujours le même parcours, Quels beaux souvenirs !

Effeuilles et foin

Le mois de juin était particulièrement harassant, il fallait faire en même temps les effeuilles et les foins. Les vacances scolaires avaient lieu à ce moment-là et tous les enfants étaient mis à contribution. Les journées commençaient peu après 5h et se terminaient aux environs de 21h. 

Selon la tradition, lorsque deux bateaux se croisaient sur le lac et sifflaient, quelqu’un disait : «  Le bateau a sifflé, c’est le moment de boire un verre ! ». On s’asseyait sur un mur de vigne et on admirait le paysage le temps d’un verre, et le travail recommençait aussitôt ce verre fini.

On attachait les rameaux (en prenant bien soin d’écarter les feuilles) avec de la paille qu’on avait mise tremper dans les bassins. Il ne fallait pas laisser aucune fourchette ni aucun rebia !

Repousses insérées sur les rameaux

Des savoyardes, par bateau, venaient régulièrement aider les vignerons pour toute la période des effeuilles. Le dimanche matin, c’était un plaisir de les voir grimper jusqu’à la chapelle du Mont-Pèlerin revêtues du beau costume de leurs vallées pour se rendre à la messe.

Vendanges

Tout aussi pénible que les effeuilles, le temps des vendanges suivait les effeuilles. Le regroupement des parcelles n’avait pas encore eu lieu. Il n’était pas rare qu’un propriétaire possède plusieurs petites vignes réparties sur une grande surface, rendant la récolte plus compliquée.

Une fois la parcelle vendangée, il fallait prendre sa seille (récipient en bois pour la récolte du raison par les vendangeurs) et son baluchon, et se rendre à pied jusqu’à la parcelle suivante sur un chemin souvent pentu.

Il n’y avait pas de quota instauré par la commune, plus la récolte était importante, mieux c’était. Malheur aux vendangeurs qui ne ramassaient pas chaque grain tombé par terre, il se faisaient réprimander par le propriétaire.

Fête des vignerons 1955, mes parents Madeleine et Pierre Ducret

La tradition veut que celle qui oublie un grapillon (petite grappe) sur un plan de vigne devra être embrassée par celui qui le remarque. Les filles qui voulaient recevoir la bise d’un brantard (homme qui porte avec sa brante en bois d’une contenace d’environ 60 litres pour amener la récolte des vendangeurs jusqu’à des bacs/bosettes sur un chemin de vigne) laissaient bien en vue sur une branche un grapillon. De solides gaillards ces brantards ! Ils déversaient le raisin une fois foulé dans des bossettes; les vignes en pente et les escaliers étroits ne facilitaient pas leur tâche.

Les bosettes étaient ensuite tirées par des chevaux et acheminés jusqu’aux pressoirs. Les grelots de ces chevaux carillonnaient gaiement dans les rues du village. 

Aujourd’hui

J’ai repris les vignes en 1990 de mon oncle qui était également mon Parrain, en sa mémoire j’ai donné ce nom à notre vin.

Suite à la grêle de 2005 les vignes étaient totalement détruites. J’ai décidé de planter des cépages interspécifiques qui résistent aux maladies afin de supprimer ou au moins réduire de manière importante les traitements et l’usage de pesticides.

Aujourd’hui nous nous occupons de nos vignes en famille.